Elles/Ils disent

Ce qui compte, devant une image, ce n’est pas “de quoi nous parlons”. Ce qui compte c’est la danse elle-même – de mes regards et de mes phrases avec l’image.

Georges Didi-Huberman. Aperçues. Editions de Minuit, 2018


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Je retiens la photo de ta mère de profil, belle comme une reine, sa fine main sur les lèvres et le mention, les yeux fermés !

Quelle beauté !
"à bout de vie"
ça me suffit, tu comprends ?

Paulo Nozolino, photographe

Pour la série "à bout de vie", 2020

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À ta petite maman

Pour Christine,
11 mars 2020

Que reste-t-il quand même le doux du corps,
le creusé des rides, 
le regard déjà apeuré 
s’absentent
Quand les mots dits et répétés sans fin ne disent plus 
rien 
du monde 
Quand la douleur de 
la présence 
qui s’écarte irrémédiablement ne retranche 
rien, 
mais ajoute au désastre

Il y a ces photos, prise et prises encore, inlassablement. 
Il y a ce visage au loin, qui approche, se précise, passe déjà, s’éloigne, disparaît. 
Il y a ces instants que l’on retient, et ces absences qui vident. 
Il y a ce gouffre immense, qui se creuse, et qui n’abolit rien des fils tissés. 
Il y a cet espoir insensé.

D’avoir été. D’être encore. Pour quelqu’un. 
D’exister, dans des mots maladroits, des images floues. 
Qui disent que

quelqu’un a été.
Qu’il en est fait souvenir. 
Et que si ce n’est pas grand-chose, 
ce n’est pas

rien.

Pascal Ourghanlian

ma mère est morte le 3 mars 2020, ce texte a été dit lors de l'inhumation au cimetière le 11 mars 2020.

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Dans cette photographie, j’ai vu ces deux petites filles qui jouent. C’est un cliché provenant d’un album photo familial. C’est quelque chose qui n’existe plus mais dont on se souvient parce qu’on en a feuilleté quand on était enfant, maintenant on fait défiler des images sur son iPhone sans vraiment les regarder. Là, j’ai vu deux petits anges qui me protégeraient et je les ai accrochés à la tête du lit.

Serge Lipski, collectionneur, 2019

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Femme Ensenfonçantdanslaforet

Ce n’est pas par hasard que j’ai accroché la photographie de migrants sous ton image. Elle a été faite dans l’appartement d’un passeur en Tunisie, ils sont là à aller vers une nouvelle vie. Dans ta photographie, il y a aussi un « aller vers », il y a cette femme, ce personnage extrêmement émouvant qui s’enfonce dans le noir comme on s’enfonce dans ce qui pourrait être le sommeil, l’oubli ou peut-être la mort. C’est une photographie de passage, un passage doux vers un ailleurs inconnu, un passage serein. L’image est très apaisante, il y a des arbres, des fleurs pleines d’éclat qui renvoient le soleil. Elle me fait du bien dans cette période de ma vie que je traverse. Ma mère a été hospitalisée, elle at eu une infection et elle a été en REHA, elle n’allait pas bien du tout. J’ai identifié cette silhouette frêle à ma mère qui va disparaître. C’est étonnant parce que je commence juste maintenant à prendre conscience que je vis les dernières années de mes parents. Cela me bouleverse et voilà pourquoi j’ai choisi cette photo.

Serge Lipski, collectionneur, 2019

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De retour des ciels lumineux de l’île de Ré (ce n’est pas rien, cette lumière, quand il s’agit d’affronter le sombre du monde - elle permet comme une suspension, non pas un recul, une respiration, une saisie de l’instant avant le saut, dont on ne sait rien, sauf qu’il est à faire, le pas d’arrêt ne valant que le poids de celui qui le suit), je trouve le petit coffret noir que tu m’as transmis l’autre soir qui est d’abord, en ôtant le cellophane, un très bel objet : magnifique travail de l’éditeur et du studio - on sent la patte attentive, plus : attentionnée, de l’artisan en ce qu’elle sait s’effacer, mais n’en offre pas moins un écrin de qualité à l’œuvre ainsi enfermée/offerte.

Ce jeu des nombres, ensuite, qui ont toujours pour moi un effet de fascination : le doublon exils/réminiscences du titre général, que le pluriel redouble, dédouble à l’infini, semblant dire le passage, à tout le moins que nous sommes des êtres d’errance que les souvenirs s’efforcent, bien mal, d’ancrer (d’« encrer », l’écriture photographique étant ton écriture à toi, moins noire (peut-être ?) que celle de l’encre noire, les photons avec lesquels tu joues ouvrant des trouées dans le sombre) ; les quatre générations ainsi parcourues, qui sont ce que la mémoire humaine sait/peut emporter, qui me renvoient « aux miennes » dont je colmate les fractures à ma manière, et pas sans douleurs ; le triptyque, cette mise en scène de toujours, par l’art occidental, de la souffrance et de la sublimation pour dire le seuil et l’éphémère, cette hésitation aux carrefours, cette inquiétude, écrit Yves Bonnefoy, ce tremblement.

Ces photos, enfin, et leur assemblage, leur marqueterie disjointe et ondoyante, qui creusent (photo-graphie) comme à la recherche d’un point de fuite, errent, s’égarent, cherchent à s’arrimer, à des bras, à un souffle, aux vivants tant qu’ils le sont encore, la bête immonde, le Minotaure en leurs abîmes auront bien le temps de les faire disparaître. Très ému, entre autres, par celles-ci aux extrêmes, de la petite fille au nœud dans les cheveux et de cette vieille femme voûtée qui s’éloigne à cette (même ?) vieille femme renversée dans son fauteuil qui annonce (rappelle ?) la jeune femme blonde conduite à la lisière du coffret par une simple lampe - Bonnefoy, encore : « Qu’une place soit faite à celui qui approche / Personnage ayant froid et privé de maison // Personnage tenté par le bruit d’une lampe / Par le seuil éclairé d’une seule maison ». 

MERCI Christine.

Pascal Ourghanlian, regardeur

Pour le coffret-livres exils/reminiscences, éditions Arnaud Bizalion, 2019

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Dans la partie « l’exil » de cette expo « dans le souffle du labyrinthe », sans que tu le veuilles, tu as refait l’ambiance des camps de concentration en Allemagne. Je vois cela, moi qui connais très bien cette question. Si l’on prend chaque image séparément, elles n’ont absolument aucune relation avec cela mais tu as créé par cet accrochage l’ambiance et l’atmosphère qu’ont les camps de concentration dans nos imaginaires. Les deux séries « la frontière » et « l’effroi » n’ont rien à voir avec les camps, la première a à voir avec la destruction, la mémoire et éventuellement avec la frontière puisqu’il y a une image qui le mentionne. Toutes les autres images sont plutôt un travail sur la mémoire d’un lieu disparu qu’on essaie de recréer à partir de quelques acteurs, des friches, des morceaux de maisons. « l’effroi » est beaucoup plus onirique, on n’est plus dans une réalité, on est dans un inconscient. Il y a pour moi une seule image qui cristallise « l’effroi », on ne sait pas si c’est une femme ou un vieil homme qui est étendu sur un lit, c’est très onirique. Ces trois séries sont très distinctes et on ne peut pas les mélanger, il faut les laisser séparées. Et puis il y a ce portrait de petite fille avec les contrastes très marqués en noir et blanc qui nous ramène aux camps de concentration, c’est elle qui gère toute l’expo, d’ailleurs c’est l’image de l’affiche.

Stéphane Duroy, photographe

Pour l’exposition « dans le souffle du labyrinthe », Anis Gras Le lieu de l’autre, 2018

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Ce que je trouve saisissant et troublant quand on arrive dans la salle de l’exposition, c’est que d’emblée, on a envie de voir toutes les photos en même temps. C’est assez beau cet accrochage en une seule pièce car il crée le plaisir d’embrasser les images toutes ensemble. Lorsqu’on les voit ensuite les unes après les autres, on ressent le besoin de prendre sans cesse du recul, de s’en approcher, de s’en éloigner et de s’en rapprocher à nouveau. Est-ce parce les photos sont de petits formats ? Je ne pense pas seulement, il me semble que c’est lié à la perception d’une histoire racontée et que si l’on veut s’approcher de cette histoire, on doit s’éloigner des images. On ressent un fil, des liens entre elles et ce sentiment-là, on a envie de le retrouver de façon quasi permanente. Après, certaines images vont se distinguer des autres dans leur entité propre et, bien sûr, celles qui vont m’interpeller en priorité ne seront pas les mêmes que celles qui interpelleront un autre spectateur. Ce sont des images qui nous touchent tous, elles nous ramènent à une partie de notre histoire parce qu’elles nous renvoient au souvenir, au rêve, au passé.

Il y a l’image avec ce château dans la neige. Quand je l’ai vue, j’ai eu l’impression que toute l’histoire partait de là, un château, une forteresse, effectivement, mais elle renvoie aux camps. Elle est dure et toutes les images semblent reliées à elle. Une autre image qui m’a troublée – et je me suis vraiment demandé ce que c’était – est celle avec l’affiche d’une femme décharnée placardée sur une colonne dans une station de métro. Je vois écrit Merian Platz. Elle est là et elle fait signe. Les images ne sont pas légendées. Elles gardent leur part énigmatique et cela permet de mieux se les approprier.

 On va au-delà de ton histoire, même si l’on comprend que c’est ton chemin personnel. En tant que spectateur, je ne vais pas forcément avoir envie d’aller fouiller dans ta vie intime. Je vais plutôt recevoir ces images et les ressentir. Curieusement, je me retrouve dans beaucoup d’entre elles et pourtant je n’ai pas vécu cela, je les relie à d’autres choses. Tu as donné des titres aux trois parties qui composent la série dans le souffle du labyrinthe. Des petits poèmes les accompagnent. Ils sont très beaux. Néanmoins je ne les associe pas forcément aux images. 

Idéalement on devrait être seul dans la salle. Tes images demandent cela. La solitude et le silence. Parce que le rapport à tes images est très intime. Etre avec elles, c’est être en relation avec leur globalité. On pourrait vivre très facilement dans un rapport quotidien avec certaines des images : là-bas ce petit garçon qu’on ne voit pas tout de suite. C’est une photo assez complexe avec beaucoup de strates. Il passe devant une chapelle avec ce mot en italien qui semble écrit dessus. Elle me plaît beaucoup. Pourquoi j’aime cette photo… elle doit me rappeler toutes les images de famille et je les vois rassemblées en la seule photo de cet enfant. Elle évoque des parents, des grands-parents, des arrière-grands-parents. Elle est intergénérationnelle. Tu utilises d’ailleurs ce mot dans ta présentation de cette série. Cette photo cristallise pour moi tout cela. J’y vois toutes les époques, les thèmes qui me sont chers, le temps qui passe mais aussi l’enfant qui est toujours là dans notre vie. Cette photo symbolise cela pour moi.

Tes textes donnent des indices mais pas les clés. Il s’agit d’un travail très énigmatique. Et c’est pour cela que je ressens ce besoin de proximité dont je parlais au tout début. C’est un travail photographique difficilement partageable avec d’autres. On a envie de le garder pour soi comme un secret qu’on ne voudrait pas divulguer. Parce qu’on est dans quelque chose de très intime pour toi mais pour soi aussi. Tes images nous renvoient à des zones cachées de notre cerveau. Ce sont des images chargées. On est dans la suggestion permanente. Exposer les trois parties de la trilogie EXILS / REMINISCENCES ensemble dans un lieu unique sera nécessaire.

Estelle Lagarde, photographe

Pour l’exposition « dans le souffle du labyrinthe », Anis Gras Le lieu de l’autre, 2018

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J’ai tout de suite été frappé par la photographie de cette femme juchée sur une borne. J’ai eu le sentiment de la reconnaître et de l’avoir vue dans un vieux magazine d’après-guerre. Il y avait là toute une pile de petits magazines sur l’histoire de la France entassés avec d’autres, de plus grands formats qui montraient des photos d’Auschwitz. Ils étaient dans une armoire d’une maison à vendre vers la Roche-sur-Foron en Haute-Savoie. La femme, je l’ai reconnue avec sa coupe de cheveux mais ce qui m’a dérouté, c’est que j’avais le souvenir de gens alignés sur une route en bas de la borne. Là, on ne voit qu’elle, la route et les gens ont disparu. C’est ta maman ?

Pascal Boudet, regardeur

Pour l’exposition « dans le souffle du labyrinthe », Anis Gras Le lieu de l’autre, 2018

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It’s very dark and violent, I don’t know what the story is behind it but when I’m looking on the pictures, I’m seing something being raped. My eyes are jumping at the pictures but when I put them together, it’s what I’m seing, the whole violence.

Samin Ahmadzadeh

Pour l’exposition « ContreNuit », Les rencontres d’Arles, 2018

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Femme Ensenfonçantdanslaforet

Je suis touché par de la photographie qui laisse une contrepart à l’interprétation du réel. Je trouve qu’au niveau graphique, les images que je vois dans cette exposition marchent très bien. J’aime beaucoup la suggestion d’un autre univers dans la réalité comme l’image de cette très vieille femme dans un parc qui s’avance vers le noir. C’est très graphique, très beau et très équilibré sur l’ensemble de l’accrochage qui est un peu chaotique et poétique. Le papier, l’encadrement des images, très beau aussi. Je suis attiré par ce genre d’images au grain mat que je retrouve dans toute cette veine de photographes comme Yusuf Sevinçli, Gilles Roudière, Gabrielle Duplantier, Stéphane Charpentier, Daniel Bonnefond, Arno Brignon, Michaël Ackerman mais aussi avec certaines images de Dolores Marat qui fait des choses en couleurs. L’exposition qu’a faite Marie Sordat à Bruxelles rend bien compte de cet univers-là.   

Tilby Vattard, photographe

Pour l’exposition « ContreNuit », Les rencontres d’Arles, 2018

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Cette manière de marquer le trouble dans les images par des noirs et des blancs profonds me plaît beaucoup. Cette idée du trouble est presque obsessionnelle. C’est un travail sur un camp de quelque chose ? Cela fait penser un peu à l’holocauste entre le bâtiment, les murs fermés, le corps décharné. C’est étonnant cet enchaînement très linéaire où chaque image surprend par sa position mais entre bien dans une suite logique qui emmène dans un autre monde.

Richard Petit, photographe,

Pour l'exposition "Contre Nuit", les Rencontres d'Arles, 2018

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La recherche du temps présent du regardeur

Pierre de Fenoyl, un des plus grands photographes, définissait la photographie comme étant la recherche du temps présent et « en s’enfonçant dans la forêt » est aussi un travail sur la mémoire du temps présent du regardeur. Les photographies de la série se délitent au fur et à mesure qu’on les regarde. On pense avoir vu une image mais elle revient, semblable et différente, là où on pourrait croire que c’est une erreur, le choix est volontaire et là où on s’attend à l’image suivante, la même revient dans une nouvelle reprise. Elles passent et repassent, on se dit alors qu’on va avoir plusieurs photos pour capturer un moment présent mais en fait il n’y a qu’une seule image. Il n’y a pas de systématisation dans ce travail, rien n’est prévisible à l’avance, c’est le contraire d’un algorithme. 

Klavdij Sluban, photographe

Pour la série « en s’enfonçant dans la forêt », 2018

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Femme Ensenfonçantdanslaforet

Quand j’ai vu la photographie de la femme, très âgée et courbée qui s’avance dans le noir de l’image, j’ai été tout de suite happé par une ambiance, la nuit, le jardin. Cette femme, je me suis dit qu’elle était perdue, elle partait je ne sais où, vers un ailleurs. J’ai ressenti beaucoup d’émotions. On ne sait pas où elle va et on a envie de la suivre et en même temps de la laisser partir. Il y a aussi ces deux chaises dans le parc qui, elles, sont en pleine lumière, quelqu’un était là et est déjà parti tandis qu’à son tour la femme s’éloigne.

Laurent Cousseau, collectionneur, 2018

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2018 07

Ces deux yeux grand ouverts
Vers quel ciel ?
De quelle espérance ?
Ne voient-ils pas cette fumée plus grise,

Qui tue toute espérance ?

2018 12

Ces deux yeux grand ouverts
Vers quel ciel ?
De quelle espérance ?
Ne voient-ils pas cette fumée plus grise,

Qui tue toute espérance ?

2018 05

L’espoir d’un coquelicot
Pour dire les champs de blés, le bleu du ciel, l’infini des plaines tremblantes
Pour tenir à distance les forces sombres, colorer de rouge sang le gris des cendres

Confirmer la vie

Pascal Ourghanlian, regardeur

Pour la série "les fleurs d'auschwitz", 2018

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On est à travers beaucoup de ces photos face à une composition du déséquilibre. Ici, c’est une échelle de travers, là des troncs d’arbres qui sont de travers, là c’est une remise avec, de nouveau, une échelle de travers, la maison là-bas elle est aussi de travers. Et toujours, un tiers de la photo est différent du reste, comme si tu montrais les coulisses de ce qui ne devait pas être vu. Là, tu as ce petit garçon sur les escaliers, tout est en place sur l’image, il a une calotte de lumière sur la tête comme un sceau qui le marque. C’est tellement pur comme composition et à gauche de l’image, c’est le chaos total qui vient bousculer l’ordre. Je crois qu’il y a des gens sur terre qui sont là pour rétablir un équilibre dans le chaos, ce sont des sortes d’anges gardiens et sans eux tout partirait, tout s’écroulerait. Il y a quelque chose sur l’écroulement dans les photos de cette série, le point de départ, le statement, c’est que de toutes façons, cela s’écroule et on n’est pas là pour revenir à un paradis initial, ce qu’il faut penser, c’est comment faire avec l’écroulement. Voir ces photos me donne de l’espoir parce qu’il y est question d’une lutte, ces images sont celles de quelqu’un qui lutte parce que tout s’écroule et c’est une lutte dans le présent du désastre. Il faut sauver ce qu’on peut sauver, tout s’écroule de partout mais je ne veux pas me laisser ensevelir et c’est pour cela que mêlées aux images de chaos, il y a ces images de pureté. Ce visage-là de la petite fille, il n’est pas simplement beau, il est inquiet en même temps et cette autre image de la personne qui ne veut pas voir, qui bute contre quelque chose. Tu montres le tiers manquant et c’est poignant parce que ce sont des photos pleines de vie .Si tu t’efforçais de faire un reportage sur le chaos, il n’y aurait pas de moments de pureté comme cela. Il n’y a rien de démonstratif dans ces photos et moi, en tant que spectateur, j’ai le temps de voir sur une des images des vagues ou un océan avec un éclair tout au bout qui m’apparait comme un salut et quand j’apprends que ce sont des cheveux et que la photo n’est pas horizontale mais verticale, je sais qu’il y a la place pour mon regard et mon interprétation.

Klavdij Sluban, photographe

Pour la série « la nuit hantée », 2018